Sakugawa Kanga
Sakugawa Kanga ( Okinawa : 1733 -1815 ou 1782-1865)

Le père du Shurite. Entre légende et réalité.
Sakugawa Sanga serait né à Akata un quartier de Shuri de son vrai nom Teruya Kanga. Elevé au rang de Peichin, il changea de nom pour Sakugawa.
Le personnage de Sakugawa montre combien il est difficile de retracer l’histoire du shurite. Selon certains historiens, il aurait été l’élève de Kosokun ( le créateur du Kata Kushanku) dans les années 1762, ce qui correspondrait à la première date de naissance ( 1733). mais il aurait enseigné aussi à Matsumura Sôkon ( qui lui est né en 1810), ce qui correspondrait à la deuxième date de naissance ( 1782) .
Ou est la vérité ?
Difficile à dire. Peut-être , il y a t’il eu deux générations de Sakugawa ? Ce qui n’est pas improbable puisque la légende rapporte que l’art du Ti ( ancien nom du Karate) se transmettait en secret de père en fils. On parle d’un fils nommé Kangi.
Si ce fait avéré, ce serait plutôt le fils ( qui ressemblait parait-il beaucoup à son père) qui serait né en 1782.
Il est légendaire pour avoir ouvert la première école de Tode à Shuri ( d’où à découlé le Shuri-Te ) et pour avoir étudié avec l’expert chinois Kôsokun ( si ce dernier a véritablement existé) le Kata Kushanku qu’il aurait adapté ( contrairement à Chatan Yara qui l’aurait transmit fidèlement ). Il se dit que Sakugawa n’etait pas assez lettré pour comprendre les finesses du kata contrairement à Chatan Yara ( celui-ci a vécu 20 ans en Chine ).
Il aurait fait plusieurs voyages en chine pour découvrir la boxe chinoise ( Quan Fa).
A la mort de son maître (Takahara Peichin ), celui ci lui aurait dit de prendre le nom de Tode ( Karate) Sakugawa.
Il fut également connu sous le nom de Bushi Sakugawa : Le guerrier Sakugawa.
Il serait aussi le créateur d’une partie des dojo Kun, ce qui contredirait certains historiens le présentant comme un illettré ( ce que contredit totalement Nagamine Shoshin dans son livre légende des grands maîtres d’Okinawa )
Sakugawa Kangi m’a confirmé que To-te Sakugawa était vraiment un lettré qui avait étudié en Chine. Il pensait également qu’il était professeur de kokugaku ( culture et langes anciennes du Japon).Légende des grands maîtres d’Okinawa, Page 46
Alors que faut-il en penser ? Sakugawa était-il illettré comme le dit la légende ou bien faut-il faire confiance à un de ses descendants comme Nagamine Shoshin?
Sakugawa ne faisait pas partie de la noblesse, il a été élevé au grade de Peichin ( notable). C’est peut-être de là que lui vient sa réputation d’illettré.
L’une des légendes concernant Tode Sakugawa qui est parvenue jusqu’à nous est l’histoire de son combat contre des pirates chinois.
Il est impossible de savoir si ce récit est vrai alors puisque c’est une légende, je l’ai adapté en partant du récit qu’en a fait Nagamine Soshin tout en gardant les éléments importants de l’histoire.
Bushi Sakugawa et les pirates chinois
A cette époque lointaine, le royaume des Ryû Kyû devait apporter un tribut ( tous les ans ?) au grand empire de Chine.
Cette année là, Sakugawa faisait route sur le bateau officiel du royaume en compagnie de personnalités importantes.
Le tribut était composé de riches marchandises qu’il fallait absolument protéger des pirates des mers de chine.
Le capitaine et l’équipage du Shinkôsen ( c’était le nom du navire spécial qui apportait le tribut à la dynastie des Ming ), se devaient de défendre coûte que coûte ce précieux chargement.
Bien sûr le navire était armé mais surtout chaque passager était tenu, par ordre du roi, d’aider l’équipage en cas d’abordage par les pirates.
La réputation de Sakugawa, en ce temps là était très grande. Certes, il ne connaissait pas grand chose au combat maritime mais avoir un tel combattant près de soi était rassurant.
Le chef de la sécurité du navire en fit son assistant.
« Tu as vu qui est là pour nous protéger ? «
« non ! »
« To-de Sakugawa lui même ! »
« Quoi ? Le célèbre Bushi celui devant qui même les Samurai de Satsuma* tremblent ! »
« Oui, c’est lui. Il assiste le chef de la sécurité, je pense que nous ne risquons rien durant ce voyage »
« Quel bonheur nous pourrons boire à satiété , sans soucis ! La vie est belle «
Ainsi le voyage se déroulait sans encombre, les jours se succédaient sans la moindre trace des dangereux pirates. Avaient-ils eu vent que le célèbre To-de Sakugawa, celui qui maîtrisait l’art martial secret du royaume était parmi les passagers ?
L’esprit tranquille, tout le monde vaquait à ses occupations.
Les côtes de l’empire du milieu se rapprochait. Le soir tombait, c’était la dernière nuit de voyage et tout le monde se réjouisssait de fouler de nouveau la terre ferme.
C’était une nuit sans lune, les nuages obscurcissaient l’horizon mais le moral de tout le monde était au beau fixe après ce voyage sans encombre.
« Brannnnnnnnnnnnnnn » Un grand bruit dans la nuit, puis des flèches jaillirent comme sorties du néant et des cris aussi. Non pas des cris, des hurlement sauvages à vous refroidir le coeur du plus courageux.
- » Nous sommes cernés, les pirates, les pirates » cria le vigile de permanence avant de tomber sous une nuée de flèches.
Kanga ( Sakugawa) dès le premier bruit avait compris. Il se débarrassa de ses vêtement afin de ne pas être gêné dans ses mouvements et aussi pour ne pas se faire agripper par un pirate. Il saisit son Roku Shaku Bô ( Baton de 1,80 mètre toujours utilisé en Bôjutsu) qui était toujours près de lui et se précipita sur le pont où une mêlée indescriptible opposait les pirates à l’équipage.
Il se déplaçait à une vitesse folle hurlant des poèmes, tant pour effrayer les pirates que pour donner du courage à ses compagnons.
Son bô frappait devant, derrière . Il se déplaçait avec de grands coups circulaires et petit à petit le vide se fît autour de lui.
Il restait pourtant un pirate se battant avec férocité et lui aussi détruisant tout sur son passage. Malgré l’obscurité, Kanga pouvait deviner le sourire de la brute. Sans perde un instant, il se dirigea vers lui mais à ce moment là il sentit dans son dos la présence de plusieurs bandits. Combien étaient-ils ? Quatre ? Cinq ? Peut-être plus.
Kanga n’avait pas le temps de réfléchir, il se tourna et utilisant son bô dans la largeur tenta de tous les envoyer par dessus bord. La manœuvre réussi mais il fut emporté lui aussi à la mer.
Tout le monde pensa que le grand « Sakugawa était mort «
- » Quel malheur ! Quel malheur ! Après avoir éliminé tant de ruffians alors que la bataille était fini le grand Sukugawa Kanga a disparu emporté par les flots . »
« Oui c’est un si grand malheur. Sans lui , nous n’aurions pu vaincre ! Paix à son âme ! »
Ainsi s’achevait la vie du plus grand guerrier que le royaume des Ryû Kyû ait connu. Une mort dans la bravoure, le combat et l’honneur comme en rêvait tous les samurai.
Pendant ce temps là une patrouille navale du Fukian recueillit en mer quelques pirates survivants. Les Chinois les arrêtèrent et il furent mis aux cachots.
A cette époque la piraterie était un gros problème pour l’empire chinois et l’administration était sans pitié. Sans surprise le juge prononça la peine de mort pour tous.
Le jour de l’exécution arriva. Comme de coutume on donna comme dernier repas aux condamnés un véritable festin.
Tous se jetèrent dessus et mangèrent comme des cochons. Tous ? Non un pirate semblait s’en désintéressait totalement.
« Tu as vu ce gueux ? Il ne veut même pas manger ! Quel gaspillage, on ne nous donne pas une si bonne nourriture à nous ! »
« C’est étonnant, cela fait 15 ans que je suis garde et je n’ai jamais vu ça ! On doit en parler au chef ! »
« Laisse tomber, si il ne veut pas manger c’est son problème pas le nôtre »
« Non , je vais rapporter ce fait »
Le responsable des gardes fut très troublé par ce comportement aussi , complètement inhabituel, et alla interroger le pirate »
« Pourquoi te comportes tu ainsi ? »
« Je ne suis pas un pirate , Je Suis Sakugawa Kanga l’envoyé du roi des Ryû kyû. J’ai combattu les pirates et je suis tombé à la mer avec eux ! »
L’histoire du combat héroïque et de la bravoure du Bushi Sakugawa était parvenu jusqu’aux oreilles du responsable des gardes. Celui-ci comprit tout de suite à qui il avait à faire.
Non seulement Sakugawa fut libéré mais les dignitaires de Pékin enthousiasmés par son courage l’autorisèrent à rester et à pratiquer la boxe chinoise.
Nous vous présentons ici deux tableaux le premier montrant l’origine probable du Karaté de SAkugawa, le deuxième concernant les personalités connues ayant été ses élèves.

L'origine du karate de Sakugawa

L'héritage de Tode Sakugawa
Comme on peut le voir sur ce schéma, Tode SAkugawa aurait fortement influencé directement ou indirectement à la fois le Tomari-Te et le Shuri-Te. Ceci explique aussi pourquoi ces deux courants étaient très proches.
Tode Sakugawa est à l’origine du Shuri-te qui plus tard va donner le Shorin puis le Shotokan et le Wado-Ryu. L’influence Shuri-Te se retrouve aussi dans le Shito-Ryu de Mabuni.
Tode Sakugawa est célèbre pour le kata Kushanku ( kandu dai/sho en Japonais ) qu’il aurait transformé . Ce kata lui aurait été transmis par Takara Peichin mais aussi directement par Kôsokun, l’expert chinois.
Dans ce cas là, on ne peut plus prendre 1782 comme date de naissance puisque Kôsokun aurait été à Naha dans les années 1755-1765.
Contrairement à Chatan Yara, Sakugawa aurait modifié ce kata.
Il est parvenu jusqu’à nous par l’intermédiaire d’Itosu.
Sakugawa a laissé des traces dans le kobudo aussi avec le Kata Sakugawa no kon repris dans l’ecole Yamane-Ryu de Chinen Masami.
