Histoire du Karaté

Présentation

Dans cette série de pages, vous allez découvrir l’origine du Karate du Ti au Karate-do. Il existe de nombreux articles sur l’origine du Karaté mais en règle général on confond histoire du Karaté et histoire su Shotokan, école fondée par certains élèves de Gichin Funakoshi. Vous allez le découvrir ici, cette histoire est un peu réductrice et parfois manipulatrice. Même si le karaté moderne pratiqué en masse est avant tout Japonais ( Shotokan Ryu, Wado Ryu, Shito Ryu, Gojo ryu Japonais ), il ne faut perdre de vue que l’origine et le développement du karaté se situe sur l’île principale d’Okinawa ( Archipel des Ryu Kyuu) à plus de 700 kilomètres des côtes les plus au sud du Japon. L’histoire du karate étant essentiellement liée à l’histoires des maitres fondateurs des différentes écoles, je vous invite à consulter également les pages Sensei de ce site.
Les différentes étapes de l’histoire karaté
  • Origine et évolution à Okinawa
  • Introduction et développement au Japon
  • Karaté moderne et compétition

Avant-propos

Conter l’histoire du Karate, et en particulier les racines de la branche Shorin la plus vieille, n’est pas une mince affaire. En effet le Ti c’est longtemps transmis dans le plus grand des secrets avant d’apparaitre au grand jour dans les années 1900 grâce à Itosu Anko, le grand rénovateur du Tode.

Déjà que peu d’archives écrites existaient, Okinawa, et en particulier Naha, a totalement été détruite pendant la deuxième guerre mondiale.

On trouve beaucoup de récits sur Internet, certains très précis quand aux dates mais souvent sans soucis de cohérence. Exemple criant le premier maître de Karate passé à la postérité s’appelle Sakugawa Kanga né en 1782 et qui c’est entraîné avec l’expert chinois « Kôsokun»  en …. 1760 !!! Chercher l’erreur !

La plupart de ces récits sont de simple copier-coller sans aucuns recoupements d’informations ou bien simplement le « récit officiel»  de son « école de Karaté» .

Alors bien entendu, il existe de nombreux livres sur l’histoire du Karaté comme celui écrit par Tokitsu Kenji, chercheur mondialement connu ou bien l’encyclopédie des arts martiaux de Roland Habersetzer, qui a fait un travail incroyable et impensable de compilation. Alors je ne critiquerais pas ces auteurs qui ont fait un travail formidable et qui ont bien plus de compétences que moi mais la nature m’a (malheureusement ?) doté d’un esprit très critique ( dans le sens « toujours chercher à comprendre, à analyser , ne pas toujours croire tout ce qui est écrit «  ) et m’a fait rencontrer à Okinawa deux écoles un peu à part et méconnues du grand public. Non seulement je ne critique pas le travail de ces auteurs mais même je m’appuie dessus pour créer ma propre synthèse ainsi que sur les travaux de Patrick MacCarty, l’un des plus grands historiens du karate d’Okinawa.

Je suis parti d’un postulat « Il ne faut pas toujours croire ce que nous racontent les grands maîtres « ! , les japonais sont passés maîtres dans l’art de la dissimulation , nous en avons une très grande preuve avec l’évolution du Shotokan et les à peu près historiques de la toute puissante JKA ! Tout au long de ces récits sur l’histoire, et sur les personnages ( Sensei ) importants, je serais amené à formuler des hypothèses mais elle vous seront clairement signalées.

Au niveau d’Okinawa, ma synthèse historique portera uniquement sur la branche qui a donné le Shurite, puis le Shorin. Si vous êtes intéressé par la branche Shorei qui a donné le Nahate puis le gojo-ryu vous pouvez consulter l’excellent ouvrage de Lionel Lebigot « Karaté d’Okinawa – Les sources du Fujian «  Pour une compréhension optimale, je vous invite à lire d’abord les parties « Situation Géographique » et « Lexique »

Bonne lecture

Situation géographique

Le drapeau de la préfecture d'Okinawa

Le drapeau de la préfecture d'Okinawa

Okinawa est en fait un archipel d’île situé au sud du Japon à près de 1600 kilomètres de la capitale Tokyo et à 700 kilomètres des côtes de Kagoshima, la ville la plus au sud des îles principales du Japon. En fait l’île principale ( Okinawa Hondô) se trouve à mi-chemin entre le Japon, Taiwan , et la Chine. Cette situation géographique est extrêmement importante pour comprendre l’histoire et le développement du Karaté à Okinawa.
Je vais d’abord vous présenter un premier tableau montrant cette partie de l’asie en globalité. Vous pourrez ainsi vous rendre compte de l’importance géographique réelle d’Okinawa puis nous irons plus particulièrement à Okinawa pour finir par la ville de Shuri.

Tableau 1 :  Okinawa et Japon, origine première des styles.

Situation Géographique d'Okinawa et du Japon dans cette partie de l'asie

Situation Géographique d'Okinawa et du Japon dans cette partie de l'asie

okinawa-coul Okinawa développement successif d’un art indigène (Ti ou Te) puis  du Shurite et Tomarite, Nahate.

fuzhou-coul

Fuzhou ( Chine ). C’est là que jusqu’au début du XXème siècle les étudiants d’Okinawa se rendait pour étudier ( En principe la culture chinoise mais certains s’entrainairent également aux arts martiaux).    

tokyo-coul

Tokyo. C’est dans cette ville que se développa le Karate à partir de 1922 et sous l’impulsion de Funakoshi Gichin du Shurite. Puis plus tard le shotokan-ryu et le wado-ryu.

osaka-coul

Osaka. C’est là que se développa le Shito-ryu ( synthèse du Shurite et du Nahate) grâce à Kenwa Mabuni qui s’y installa à partir de 1929.

kagoshima-coul

Kagoshima. C’est là que se développa le Renshinkan Shorinji-Ryu Karate fondé par Tamotsu Isamu, élève de Nakazato Joen Sensei.

amami-coul Amami-Oshima Lieu de naissance de Tamotsu Isamu et de Sato Yoshitoshi ( fondateur du Seishinkan Karate-do ). Cette île faisait partie du royaume des Ryû Kyû jusqu’à la restauration Meiji ( 1872) où elle fut rattachée à la prefecture de Kagoshima.

Tableau2: Places historiques importantes du karaté à Okinawa

Les lieux historiques du karate à Okinawa

Les lieux historiques du karate à Okinawa

Lexique
Synthèse


Origine simplifiée des ecoles Shorin

Tableau-1 : Génèse simplifié du Shorin-Ryu

Génèse simplifié du Shorin-Ryu

Origine du karate : Du Tî au Tô-dî

Les origines réelles du Tî restent très floues et soumises à beaucoup de conjectures. Il est certain que la boxe de la grue blanche ( Hakkutsuru-Ken en Japonais ) originaire du FuKien ( Sud) a eu une influence fondamentale dans le développement du Tô-De.

Il se dit que pour la première fois Sakugawa eut connaissance de la boxe du Nord ( Pékin ) et qu’il fit une synthèse des enseignements de ses différents maîtres. ( Ceci est une hypothèse ).
Il semble qu’au 19ème siècles, les maîtres de l’art du combat faisaient une différence quand il parlait de l’art du Tî ( Main en language d’Okinawa ) et de celui du Tô-dî ou Tô-de ( Main de chine ) comme si il y avait une réelle différence entre les deux.

Certains auteurs ont donc franchit allègrement le pas et sur cette simple indication, ils ont affirmé qu’il existait un art indigène dans le royaume de ryu-kyû et qu’il fut modifié par des apports successifs venu de Chîne.
Onaga Sensei qui fut Uchi Deshi dans le dojo de Higa Yuchoku Sensei et qui est l’un des derniers enseignants de l’ancien Tî en est persuadé et pour lui l’apport Chinois serait essentiellement de l’ordre des Kata. Cependant, sa façon de frapper ( Tsuki) est très proche de certaines frappes présentes dans le style Hakutsuru-Ken.
Pour corroborer cette théorie, il y a dans les danses traditionnelles d’Okinawa , beaucoup d’éléments rappelant des techniques d’art martial ( un peu comme dans la Capoera Brésilienne ).

N’oublions pas quand même que des familles chinoises étaient installées dans le village de Kume depuis la fin du 14ème siècle !
Donc depuis cette époque lointaine, l’art de la main de Chine aurait pu s’infiltrer parmi la noblesse du royaume de Ryu-Kyû.

En conclusion on ne peut ni affirmer ni infirmer l’existence d’un art indigène sur l’île d’Okinawa même si personnellement je pense que ce fut le cas, par exemple le Makiwara n’existe pas en Chine et même s’il fut popularisé par Matsumura Sokôn ( Qui a adapté certaines techniques de sabre Du Jigen-Ryû à l’art de la main d’Okinawa ), il existait avant lui.